Tekenessi

Tu vas où au Tchad, chez les Toubou ? Pas si simple...

Sur les traces du nomadisme contemporain
ACCUEIL POURQUOI VOYAGER AVEC TEKENESSI ? INSCRIVEZ VOUS PHOTOS REPORTAGES BLOG VOYAGE
RETOURS A CHAUD
HIMALAYAN ART
ART CONTEMPORAIN
CONTACT ABONNEMENT NEWSLETTER

Tu vas où au Tchad, chez les Toubou ? Pas si simple...


Les Toubou, les fameux Toubou. Derniers peuples du Sahara à se convertir à l'Islam, difficilement intégrés lors de la colonisation, ennemis redoutés des Touareg... tout un programme.

n154/tchad.toubou.1.jpg











Dans quasiment toutes les fiches techniques des agences de tourisme, je lis régulièrement :
  • "notre équipe Toubou"
  • "les caravanes de Toubou"
  • "rencontre avec les Toubou"
  • "nos amis Toubou nous attendent" ...

Cela est vrai lorsque l'on voyage dans le Tibesti, mais le terme Toubou est utilisé pour toute la partie saharienne du Tchad. Ce qui inclut bien évidemment l'Ennedi.


Alors finalement, quelle est la part de vérité dans tout cela?

Un fier guerrier portant chèche est obligatoirement un Toubou, peu importe le lieu?

C'est un peu plus compliqué que cela au Tchad.


Tour d'horizon, non exhaustif des peuples de l'Ennedi...


n154/tchad.toubou.2.jpg













Le terme Toubou vient des habitants du Kanem, les Kanouri. Il semble qu'ils employaient le terme de " Tou boï " pour désigner les Teda dans leur langue. Ce qui veut dire " l'homme (bou) des rochers (tou) ". Les habitants du Tibesti, se nomment entre eux les Teda... Voilà déjà posé le premier jalon.

Mais la langue arabe est venue ajouter une nouvelle pierre à cet édifice.

En effet les Toubou, en arabe tchadien, ont pour nom : Gorane ou Gourane. Les Gorane réunissant finalement les clans Teda.

Mais il y a une séparation entre les Teda de la montagne du Tibesti et ceux des plaines qui s’appellent les Daza... Ou encore plus simplement les Teda sont les Toubous du nord et les Daza ceux du sud.

Le terme Daza vient des Teda qui l'ont utilisé pour désigner tous les Teda qui ont migré en dehors du " cercle de Tou ", donc du Tibesti.


Si l'on veut rentrer dans plus de détails sans se perdre inutilement, on peut ajouter que les Teda et Daza parlent maintenant deux langues distinctes. Ce qui finit par vraiment les séparer. A l'origine les Daza s'étaient petit à petit tournés vers l'élevage des bovins alors que les Teda étaient restés avec ce qui fait leur fierté : le dromadaire.

La problématique du Sahara n'a pas permis de garder une distinction aussi cloisonnée, beaucoup de Daza n'ont pas de bovins et beaucoup de Teda se sont déplacés en dehors de leur terre d'origine pour trouver du pâturage.


Le terme de Toubou a donc été adopté à l'époque de la colonisation française, il est de nos jours admis comme tel et est passé dans le langage courant. Mais ce peuple n'est pas régi par le sentiment d'appartenir à une communauté aussi vaste. Ils se reconnaissent donc à travers les termes de Teda et Daza.... mais pas ceux de Bideyat et Zagahwa.


n154/tchad.toubou.3.jpg














Bideyat et Zagahwa appartiennent au groupe Béri qui est un groupe d’éleveurs semi-nomades, vivant de part et d'autre de la frontière tchado-soudanaise. Les Bideyat sont considérés comme les " vrais " habitants de l'Ennedi, et vivent principalement de l'élevage du chameau.

Les Bideyat se divisent eux aussi en deux groupes, les Bilia au sud-est et les Borogas au sud-ouest. Mais on retrouve un peu tout le monde à l'intérieur du massif.


A l'origine, les Zaghawa étaient des éleveurs de bovidés et vivaient plus au sud, ne fréquentant que rarement l'Ennedi. Mais lorsque vous allez visiter lors d'un trek la bordure septentrionale de l'Ennedi vous allez les rencontrer à Aloba et à Bachikélé. L'actuel président Idriss Déby est lui-même Zaghawa.


Pour simplifier le tout, certains ethno-anthropologues estiment que les Bideyat sont de simples ethnies apparentées aux Zaghawa, voire un simple clan au cœur de cette population.




n154/tchad.toubou.6.jpg












Tous ces noms évoluent avec le temps. Lorsque Hisséne Habré a pris le pouvoir en 1982, le terme Gorane a évincé celui de Toubou même s'il était Anakazza (Teda du Borkou, plus précisément " mêlé aux Ana "), l'arabe tchadien ayant pris le dessus sur le terme vernaculaire. C'est pour cela que l'on entend beaucoup plus le mot Gorane que celui de Toubou lorsque les autres peuples du Tchad évoquent les habitants du nord.

Sous Idriss Déby le terme Zaghawa a pris le dessus. Depuis, l'appartenance à l'ethnie Zaghawa désigne l'ensemble des Béri, y compris les Bideyat... un glissement sémantique lié à la gouvernance actuelle.


Par contre il y a un point commun à tous ces groupes toubous : leur structure clanique. En effet le clan n'est pas un système social ou politique qui soude tous les Toubou. Tous les membres qui constituent le clan sont égaux et n'ont d'égards qu'à leurs descendants directs. C'est l'union par le sang qui cimente le groupe, l'ancêtre commun est le pilier commun de tous les membres du clan. D'où parfois la sensation d'être au cœur d'une belle pagaille complètement anarchique lorsque l'on veut réunir tout le monde et discuter d'un éventuel arrangement. De nos jours on peut estimer le nombre de clans à 50.

Je vous invite à relire les lignes écrites dans l'article sur le Tibesti, lors du choix des dromadaires...


Au niveau géographique les Toubou sont présents dans :

  • le Tibesti, l'Ennedi et le Kanem au Tchad
  • au Djado (Bilma et Kawar), dans l'est du Niger
  • le Tibesti libyen, les oasis de Sebha et Koufra en Libye
  • dans le sud-ouest de l'Egypte jusqu'en 1930...


n154/tchad.toubou.4.jpg












Pour se situer dans une page d'histoire plus contemporaine, il est bon de rappeler qu'un groupe de rebelles Toubou (appelé " Bataillon du bouclier du désert "), a attaqué en août 2011 la ville de Morzouk, dans le Fezzan. Ces Toubou libyens ont souvent été méprisés par les tribus arabes, Kadhafi les ayant régulièrement instrumentalisés dans les conflits qui l'opposaient au Niger et Tchad voisins.

Mais en mars 2012, de nouveaux combats meurtriers ont ensanglanté l'oasis de Sebha. Les agressions sur la population Toubou ont été qualifiées de pogroms, résultat des luttes d’influence dans la Libye post-Kadhafi. La répartition du " budget sécurité" de 10 millions de dinars (6 millions d'euros), le contrôle des frontières (source de lucratifs trafics) ainsi que le trafic d'armes prospère sont très certainement à l'origine de tous ces règlements de compte.

Les Arabes reprochent aux Africains (Toubou) et Touareg d'avoir travaillé pour le Guide, qui avait recruté des mercenaires au sein de ces communautés lors de la guerre civile de 2011.




Voilà, vous en savez un peu plus maintenant. Je vous donne le lien qui correspond aux livres ayant pour sujet le Sahara tchadien. Vous trouverez plus particulièrement dans la première partie de la présentation ceux qui portent sur les Toubou.


On se retrouve dans le désert tchadien à partir de décembre 2012 pour en discuter de vive voix.


capture.d.e.769.cran.2011.10.27.a.768.16.02.28





n154/tchad.toubou.5.jpg

sahara.10





 
4 items   page 1/1
 
Natacha 23 août 2013
MERCI ! MERCI !
Quel plaisir d'apprendre, de savoir !
Cela ne fait que susciter le désir de connaitre cette région du globe et ses habitants !
Natacha
Kedellah Tchou Yaya 7 avril 2013
Les Gouranes sont venus d'où?

Rép : j'avoue ne pas avoir trouvé de réponses très exactes, donc je ne m'avance pas trop.
Vous avez plus d'informations?
Tchagam 13 décembre 2012
Je m doute un peu sur la définition du mot toubou.....
Christophe 4 mai 2012
Merci Laurent

Toujours heureux d'apprendre plein de choses avec ton site.
Photos : superbes!

A bientôt
   
Annuler / Remonter     Poster un commentaire

Tu vas où au Tchad, chez les Toubou ? Pas si simple...

tekenessi